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Ecotourisme au Togo

Photo du nord du Togo

Retour dans le temps, 6 ans en arrière, pendant mon stage d’écotourisme au Togo, ce pays méconnu dans lequel j’ai eu ma première approche de la culture africaine.

Nous sommes en 2010 et je cherche un stage dans le tourisme solidaire.
Un ami à moi, Jonathan, me parle d’une association togolaise (Asmérade Togo) dans laquelle il effectue son stage de microfinance. Je prends contact avec l’association, et c’est parti : stage d’écotourisme validé par l’école.
Nous sommes en Avril, et je pars en Mai … Le stress : un seul mois de préparatif !!!
Plus on s’approche, plus j’ai peur de partir réaliser mon rêve de mettre enfin les pieds en Afrique Subsaharienne, continent qui me fascine depuis toute petite !
Comme me disait mon entourage à l’époque, on n’a peut-être pas deux fois la même opportunité, alors… Je suis bien partie… Ce n’est qu’à mon retour que j’ai su que tout le monde avait été inquiet pendant ces 4 mois : personne de mon entourage ne connaissait ce continent, trésor maudit de ce monde, qui, pour plusieurs raisons, a souvent eu une mauvaise image (et encore aujourd’hui).

Photo en sac à dosC’était ma première expérience dans un pays et une culture si différente. J’ai donc mis un peu de temps à faire le bilan de ces 4 mois, que je souhaite aujourd’hui partager avec le recul nécessaire et l’expérience d’autres voyages.

Le départ …
Valise : ok
Passeport : ok
Vaccins : ok
Visa : ok
Humm … Je crois que c’est bon ! Je m’envole sur la Royal Air Maroc pour le Togo.
Arrivée à la capitale Lomé de nuit sous une chaleur humide étouffante, je suis accueillie par Jonathan et Dieudonné, tuteur de stage et directeur de l’association.
Nous sommes restés 3 jours à Lomé avant de prendre la route pour le village de Tomégbé, lieu du stage.
Lomé ressemble plus à une petite métropole africaine qu’à une réelle capitale.

Si je ne devais retenir que 5 choses de la ville c’est :

– la circulation et le bruit des motos
– le Fan-Milk : marchand de glaces ambulant à vélo. Où que l’on se trouve, le son du klaxon ne peut être confondu !!
– la plage. Loin d’être une plage de tourisme balnéaire, elle a son charme : vieilles pirogues sur la plage, les enfants qui jouent au foot, et l’océan Atlantique… Première fois pour moi que je voyais l’océan !!:-)
– le Grand-Marché, Assiganmé : pas très loin de la cathédrale de Lomé, c’est l’un des plus grands marchés de la région. Le marché aux fétiches, marché d’Akodessewa : en quelques mots, c’est la pharmacie des guérisseurs traditionnels ! On y trouve de tout : peaux, statuettes, ossements, crânes, … Le « sorcier » du village a interrogé les fétiches à ma venue pour m’assurer protection et amour tout le long de mon voyage. Je suis repartie avec deux bouts de bois aux vertus mentionnés (protection et amour) travaillés par le guérisseurs. Je les ai conservés mais je ne les utilise pas : il y a des protocoles à suivre pour leur utilisation, et je ne me souviens pas des détails. Je ne voudrais fâcher les fétiches ! 😉

Dans la région de Lomé se trouvent aussi des lieux tristement incontournables : Aného, ancienne capitale coloniale, Agbodrafo avec la « Maison des esclaves » (woold homé) et le puits des Enchaînés (« Gatovoudo »), où se lavaient une dernière fois les esclaves afin d’être «purifiés » avant de quitter leur continent natal. Ces lieux n’ont été que récemment redécouverts et soutenus par l’UNESCO.
Le poids Historique de ces lieux rend la visite lourde mais, selon moi, importante pour le devoir de mémoire.

Photo sur la route de Tomegbe, TogoLe grand départ pour Tomégbé est arrivé.
Nous partons de Lomé, Jonathan et d’autres stagiaires, Dieudonné et moi-même, pour deux jours de voiture pour rejoindre le village, se trouvant dans la région des plateaux près de Badou.
Ce trajet était une aventure à part entière : nous sommes 7, dans une voiture pour 5 (sans compter les bagages) et nous avons parcouru 300km en deux jours !!
Pour la première étape du trajet, nous nous sommes arrêtés à Kpalimé pour une nuit. Sur la route, pendant cette nuit orageuse, je me souviens de la lumière des éclairs qui illuminait la piste et les champs de bananiers.
Le lendemain nous avons repris la route pour Tomégbé. Et quand je dis la route, c’était une route, une piste, un large sentier… Enfin bref, pas une route bétonnée en tout cas !!
Après quelques heures de trajet, le moteur s’est cassé. Arrêtés en pleine brousse, nous avons attendu 4h que vienne un mécanicien… En attendant, des enfants des villages proches étaient venus voir les « yovos » (les blancs) égarés. Au fil des rencontres, petit à petit, la route, qui n’a pas eu de passage pendant ces 4 heures, s’est transformée en terrain de foot où nous jouions avec les enfants des villages.
Nous sommes arrivés de nuit à Tomégbé.
Alors, en Ewé, Tomégbé signifie « derrière la rivière », donc méfiez-vous, il y a beaucoup de Tomégbé au Togo !!
Celui-ci, près de Badou, est connu pour sa cascade d’Aklowa de 35 mètres de haut, elle est difficile d’accès mais une fois arrivé en haut, le lieu est reposant.
Le mois passé dans ce village était une réelle immersion dans l’une des réalités quotidiennes du Togo, comme la douche aux sots d’eau (eau de la rivière évidemment) ou l’accès à l’électricité que le mercredi et le dimanche de 18h à 22h.

Dans le cadre mon stage, j’ai eu la possibilité de visiter le Togo, un peu comme un « voyage d’étude » et voir ce qui se faisait dans le pays en matière d’écotourisme.
De Lomé à la frontière du Bénin, de Kara au pays Tamberma, et dans la région de Kpalimé, voici sans langue de bois ce que j’ai retenu de cette expérience.

« Yovo, yovo, bonsoir ! »

Quand je voyage, j’aime me fondre dans la masse, essayer d’imiter au mieux les locaux par respect de leurs traditions. Mais il y a des choses qu’on ne change pas, et une femme blanche dans la rue ça ne passe inaperçu au Togo… J’avoue que ce regard était parfois très déstabilisant.
Déstabilisant tout simplement car, ne connaissant pas la culture, il est parfois difficile de l’interpréter. Par exemple, les enfants dans la rue venaient me toucher la peau, pour voir ce que ça faisait de toucher un blanc, ou encore ils chantaient la fameuse chanson « Yovo, yovo bonsoir ! Comment ça va ? Ça va très bien … » (Yovo signifie « Blanc » en Ewé, principale langue locale Togolaise). Au départ, voir des enfants souriants et heureux de voir un blanc ça peut être un étonnant… Mais c’est comme ça et on s’y fait (ou plutôt, on apprend à s’y faire), et petit à petit on en joue avec eux.
La plupart des enfants au Togo, et je l’ai ressenti aussi en Afrique du Sud, ont une joie de vivre qui est super entrainante ! 🙂
Par contre, le regard des hommes a été réellement difficile pour moi. Certains viennent te parler par simple curiosité de savoir d’où tu viens, qu’est-ce qui t’a amené au Togo, ecc… Et l’échange peut être très enrichissant. Mais parfois, c’est plus compliqué. Je n’ai jamais eu de problème de violence là-bas, mais il est vrai que par moment il faut tout simplement savoir couper court à une conversation qui peut prendre une direction déplacée.
J’ai d’ailleurs eu quelques demandes en mariage, de tout âge, et par tout intermédiaire dont « de l’oncle-du voisin-du fils de » … 😉 Petite astuce : montrer l’alliance que vous portez, qu’elle soit vrai ou non !!

Les trajets qui n’en finissent pas…

Je n’en ai raconté qu’un seul plus haut, mais croyez-moi, en 4 mois il y en a eu plusieurs…

Avant même de partir d’un endroit, ce qu’il faut savoir c’est que les taxis-brousses ne partent qu’une fois remplis, et cela peut durer trèèèès longtemps… Ensuite, il y a le trajet, qui au Togo, et en Afrique en général de ce que j’ai pu comprendre, se passe rarement comme prévu (à cause de la voiture, de la route, des arrêts imprévus, …).
Donc dans ces moments on s’exerce à l’art de la patience, peu développé chez nous, et au fatalisme « bah c’est comme ça, la vie continue, il n’y a pas mort d’homme »…

Photo taxi brousse Togo

Entre cicatrices et fourmis carnivores

Alors ça c’est ancré en moi maintenant. Je suis revenue pleine de cicatrices.
Petits conseils.
Sur la moto, quand vous prenez le taxi-moto, ne descendez pas du côté droit, mais du gauche. Le doit, c’est là où il y a le pot d’échappement, vous risquez une brulure bien disgracieuse si vous faites la même erreur que moi !:-)
Les fourmis carnivores… Je ne rigole pas, elles sont réellement carnivores. Il y a des légendes au Togo qui disent que lorsque ces fourmis traversent un village, les habitants le quitte immédiatement … Et franchement, je n’ai pas de mal à y croire. Lorsque je suis allée à la cascade d’Aklowa, je me suis retrouvée sur une partie du chemin où il y en avait plein. Quelques-unes me sont grimpées dessus et franchement tu sens vraiment qu’elles sont en train de te bouffer !!! Tout c’est bien fini et il me reste le souvenir marrant de la scène, mais sur le moment je ne rigolais pas, à tel point qu’encore aujourd’hui quand je vois une fourmi en France j’ai le réflexe de me dire « ah non ouff !! On est en France ça va !! » !!:-)

Marchander

Bon alors clairement, si vous n’aimez pas ou n’avez pas envie de marchander ne voyagez pas dans ces pays (et je crois que la majorité des pays du monde utilisent encore ce système). C’est déstabilisant au départ, parce que ce n’est pas forcément dans notre culture, mais petit à petit, quand on commence à connaître les règles du jeu et qu’on comprend le fonctionnement des prix dans le pays, on y prend goût.

Ma boulette avant départ…

J’avais tout simplement oublié de prolonger mon visa… Et franchement arrivée à l’aéroport devant le douanier je n’ai pas fait la maline et je n’ai pas marchander !! 🙂 Il faut faire hyper attention à ça : dans certains pays, c’est une raison suffisante pour la prison… Au Togo, c’était un billet de 20€ et les derniers francs CFA qu’il me restait… Mais bon, je pense aussi être tombée sur un douanier plutôt sympa, parce que ça aurait pu aller loin !!

Photo de Tomégbé, Togo

Les rencontres et l’accueil à l’africaine

Joseph, un marchand de chaussures ; Angela, une Italienne étant venu vivre à Tomégbé ; Policarpe, agriculteur à Tomégbé et mari d’Angela, l’une des personnes les plus sages que j’ai rencontrées ; Nasser, le chauffeur qui m’accompagna au pays Tamberma ; Firmin, journaliste à Lomé ; Dominque, cuisinier à Lomé ; Justin, musicien à Tomégbé, … Oui parce que de belles rencontres il y a en a eu.
Et en effet, l’accueil là-bas fait réellement chaud au cœur. Lorsque nous sommes arrivés au village de Tomégbé, nous avons rencontré le chef du village (qu’il faut saluer avec la main droite en mettant la gauche sous le coude droit comme signe de respect envers lui) à l’occasion d’une fête organisée pour la venue des stagiaires. Festin, musique, danses et joie de vivre étaient au rendez-vous.

Kuma-Kunda,la ville des artistes ; le nord du Togo avec les paysages Koutammakou et ses montagnes ; l’artisanat africain ; les baobabs ; les contes et légendes… La liste est encore tellement longue…
En bref, je ne serai toujours pas en mesure de mettre un seul mot sur cette expérience pleine de paradoxe à l’image du continent Africain. Mais si l’on me demande si je veux y retourner, je répondrai «oui» sans hésiter.

Août 2010.

Photo de Tomegbé au Togo

2 Comments on “Ecotourisme au Togo

Silvia
19 octobre 2016 chez 14:24

Bonjour ! 🙂 Merci pour ce beau commentaire ! Je suis heureuse de lire que des personnes ayant vécu et connu le Togo aient apprécié ce récit !! Merci encore 🙂

GARES
18 octobre 2016 chez 18:15

Bonsoir Silvia. Je viens de lire avec délectation ton récit sur ton séjour au Togo et, à travers tes mots, es noms de villes, villages et marchés et les expressions que tu mentionnes, je viens de faire un retour en arrière à l’époque de mon enfance et de mon adolescence. Je suis née au Togo de parents expatriés et j’y ai vécu les quinze premières années de ma vie.
Merci pour ce moment d’émotions.
J.G.

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