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Nager avec les dauphins ? J’ai mieux …

Au nord de la Sicile, connues sous le nom des « Sept perles de la Méditerranée », les Iles éoliennes sont un réel paradis de nature verdoyante et de mythologie.
Selon la légende, Eole, dieu du vent, se cacha dans ces îles pour admirer et contrôler le mouvement des nuages et du vent.
Alicudi, Filicudi, Salina, Lipari, Vulcano, Panarea et Stromboli (d’ouest en est) sont les sept joyaux. Iles d’origine volcanique, dont seulement Stromboli est encore en éruption, elles ont toutes leurs singularités, leurs paysages et leurs traditions à partager et faire découvrir aux voyageurs.

Photo de Filicudi, ItaliePour m’immerger au mieux dans la culture locale et comprendre les réalités de ces lieux, j’ai choisi de passer une semaine sur l’île sauvage de Filicudi en tant que volontaire, et je dois dire qu’il ne faut pas plus de temps pour tomber amoureux de cet endroit et de ses paysages époustouflants, ses vues imprenables sur la mer et ses couleurs changeantes variant du bleu au turquoise, ses grottes abritant des variétés d’oiseaux marins, ses plages de galets témoins du passé volcanique de l’île, ses figuiers, oliviers, bougainvilliers, et câpriers aux couleurs vives et aux arômes prononcés.
Habitée par à peine plus de 150 habitants durant l’année, Filicudi a su conserver une certaine authenticité d’antan en cultivant encore aujourd’hui l’art du bon-vivre à la Sicilienne avec la fameuse gastronomie locale savoureuse et copieuse, la sérénité et surtout, les sourires !
Oui, Filicudi, c’est tout ça !

Mais c’est aussi un paradis déséquilibré où certaines réalités doivent être prises en compte.
L’île, comme toutes les autres de l’archipel, n’ayant aucune source, l’eau courante est acheminée une fois par semaine par bateau depuis Naples.
Malheureusement, le déséquilibre se fait sentir aussi en mer. A cause de ce que l’on appelle la pêche intensive, qui détruit les océans, et de la pêche dite « sportive », dramatique dans les zones touristiques, les fonds sont de plus en plus pauvres ce qui met en péril l’équilibre écologique de l’île et de la zone entière. Cette situation n’est pas propre aux Iles éoliennes : c’est une problématique connue en Méditerranée, et dans les océans en général.

Photo du port de Filicudi, ItalieAinsi, il y a 12 ans, une petite association locale est née : Filicudi Wildlife Conservation. Monica, biologiste marine et gérante de l’association, consacre sa vie à l’observation et la protection des tortues marines, des cétacés et des dauphins en particulier présents dans la zone. Entre actions de sensibilisation et excursions thématiques sur la faune et la flore de l’île pour les touristes, l’été est une période fort chargée pour l’association. Monica fait donc appel à des volontaires, étudiants en biologie ou simples passionnés par la nature, pour lui venir en aide de mai à octobre.
J’ai donc passé une semaine début Juillet auprès de l’association avec 6 autres volontaires, association que, soit dit en passant, j’avais trouvé avant départ à force de chercher sur internet des missions de volontariat en Méditerranée pour la protection des dauphins à leur état sauvage.
Le rythme des volontaires est relativement calme, hormis le réveil qui sonne très tôt… Eh oui les dauphins n’attendent pas 13h00 pour se montrer !
Debout 6h30, départ en bateau à 7h/7h30, pour une matinée d’observation en mer afin de noter tout ce que l’on voit (dauphins, tortues, thons et autres poissons, filets/bateau de pêche, …).
L’objectif de ce travail est de récolter des données (données GPS, photos identification des animaux, ultrasons, vidéos des déplacements des espèces, …) qui seront ensuite une base d’étude pour Monica pour effectuer des rapports scientifiques sur l’évolution de la présence de la faune dans cette zone. Ces études ont aussi pour but d’analyser les évolutions, leurs causes et leurs conséquences et de comprendre aussi en quoi et comment l’Homme et la pêche peuvent impacter dans cette zone.
Toutes ces analyses servent aussi à Filicudi Wildlife Conservation pour avoir des preuves scientifiques qui justifieraient la mise en place d’une réserve naturelle afin de lutter aussi contre une pêche intensive et illégale qui vide cette zone extrêmement importante pour l’équilibre écologique car lieu de reproduction de certaines espèces, de migration pour d’autres ou encore tout simplement d’alimentation pour tous (animaux marins ou terrestres et humains).

Ma plus grande émotion durant cette expérience a été de suivre un groupe de près de 40 dauphins. Il s’agissait de deux groupes d’une vingtaine chacun avec des petits et leurs mamans qui nageaient d’un point à l’autre entre Filicudi et Alicudi. C’était tôt le matin (il devait être 8 heures environ) lorsque la mer n’est pas encore prise d’assaut par les touristes et les bateaux. Sur la barque bleue de Monica, nous étions seuls en pleine mer et observions ce spectacle entre sauts et sifflements que nous offrait cet animal royal.
Pendant les observations, Monica partageait son savoir en nous expliquant les comportements des dauphins, leurs habitudes, comment elle faisait pour les reconnaître les uns les autres et décrypter leur âge en un coup d’œil.
Nous avons aussi aperçu des tortues marines, qui de loin ressemblent à un champignon posé sur l’eau, se laissant bercer par les vagues. Là aussi c’était une sacrée belle rencontre, bien que courte car Juillet n’est pas la meilleure saison pour découvrir ces reptiles séculaires, qui retournent dans les profondeurs à l’arrivée du bateau.

Photo des dauhpins de Filicudi, Italie

L’après-midi, en tant que volontaire de l’association, j’ai participé à des excursions avec les touristes, réelle occasion de jouer au marin en découvrant l’île depuis la mer et en appréciant sa fraîcheur durant les haltes de snorkelling* !

Filicudi, et les Iles éoliennes sont réellement un lieu d’évasion car elles sont d’une beauté incroyable. J’admire le travail de Monica, force de la nature, passionnée de ces lieux, qui transmet son savoir et son émotion.

Bien que pendant une semaine, en tant que volontaire, nous avons fait face à des problématiques écologiques que nous souhaiterions irréelles (pêche intensive et illégale, disparition de certaines espèces et diminution drastique d’autres), je me suis rendue compte qu’en réalité, mieux on connaît la gravité de la situation, plus on a les outils pour l’affronter, qui que nous soyons, touristes, volontaires ou locaux et où que nous soyons.

Je ne sais pas comment m’arrêter, car cette expérience a été tellement riche que je ne trouve pas les termes pour conclure… Peut-être vous aura-t-elle donné envie de partir en volontariat ?

Juillet 2016

*snorkelling : plongée en eau peu profonde sans bouteille d’oxygène.

Photo du port de Pecorini, Filicudi, Italie

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